La République Démocratique du Congo, "scandale géologique", est connue pour son potentiel minier représentant plus de 1 100 différentes substances minérales, selon les données de l'Agence Nationale de Promotion de l'Industrie (ANAPI). Premier pays producteur du cobalt, minerai stratégique fortement recherché dans l'industrie automobile, toutes les provinces de ce vaste pays peuvent se prévaloir de détenir des richesses minières. Pourtant, la plupart des habitants de la RDC ne profite de ces richesses. Selon la Banque Mondiale, le Congo est l'une des cinq nations les plus pauvres du monde. En 2022, environ 62 % de la population du pays — soit 60 millions de personnes — vivait avec moins de 2,15 dollars par jour. Ainsi, près d'une personne sur six en situation d'extrême pauvreté en Afrique subsaharienne vit en RDC.
Pourquoi les richesses minières de ce vaste pays ne profitent pas à ses habitants ? Ecomine.cd a interrogé Jean-Pierre Okenda, avocat et analyste de la gouvernance des industries extractives de la RDC mais aussi membre de la coalition le Congo n’est pas à vendre (CNPAV).
Jean-Pierre Okenda estime que l’économie minière de la RDC est enclavée à cause de son caractère totalement rentier, c’est-à-dire trop dépendante de la collecte des taxes et impôts. Ce qui constitue, à l’en croire, un sérieux obstacle au développement.
« La RDC pratique une économie rentière. C’est un Etat qui ne vit que des taxes. Notre vision des secteurs extractifs est orientée vers la collecte d’impôts et taxes de manière générale. Cette vision n’induit jamais un pays vers le développement. L’économie minière de la RDC est enclavée, c’est-à-dire, elle est déconnectée de l’économie holistique. Les données les prouvent. Les rapports produits chez nous témoignent que le Congo ne fait que de l’exportation de ses matières premières notamment les mines et le pétrole », indique-t-il.
L’avocat démontre que l’exportation des matières premières fait perdre à la RDC plusieurs recettes. Ce qui freine le développement de l’Etat congolais.
« Selon les données, la contribution du secteur minier dans le PIB, qui est un indicateur de la richesse créée par les agents économiques localisés au Congo, est généralement située dans une moyenne de 25%. Alors que les exportations des matières premières vont parfois au-delà de 90%. C’est-à-dire que la vraie richesse est produite en dehors du pays. C’est ça l’enclavement de notre secteur minier. On se limite juste à collecter les taxes. Ces dernières étant une partie de l’industrie ne peuvent pas développer un Etat », poursuit-il.
Jean-Pierre Okenda pense que la gouvernance minière de la RDC doit passer au stade la transformation locale pour donner de la valeur ajoutée à ses matières première.
« La richesse de nos matières premières devrait être dans la valeur ajoutée. Il y a moins des valeurs ajoutées au Congo, qui ne se limite qu’à l’extraction des minerais. On doit aller vers la transformation locale. Il faut donc désenclaver l’économie minière pour la connecter au reste de l’économie du pays. On doit créer autour de l’industrie minière une économie nationale avec plusieurs liens. On ne peut pas continuer à exporter les diamants bruts et espérer vous développez. C’est impossible parce qu’il n’y a pas de valeur ajoutée », renchérit-il.
En outre, il déplore l’inexistence d’une politique minière congolaise.
« Nous devons doter le pays d’une vision minière. En se posant la question que voulons-nous faire de nos mines ? Il n’existe aucun document qui explique ce que les congolais veulent faire de leurs mines. Il y a bien-sûr le code minier mais celui-ci représente la loi et non pas un document de politique publique », s’est-il exprimé.
« C’est la faute des congolais si les mines ne profitent au pays. C’est une question de vision, de volonté ; de capacité à mieux gérer nos mines », a-t-il conclu.
Ecomine.cd