L’Inspection générale des finances (IGF) entre dans une nouvelle phase en République démocratique du Congo. Après plusieurs années marquées par la « patrouille financière », le service de contrôle des finances publiques veut désormais miser sur un système numérique et permanent pour lutter contre la corruption et les détournements des deniers publics.
Le lancement officiel de cette nouvelle approche, baptisée « contrôle systémique », est intervenu mercredi 20 mai 2026 à Kinshasa, sous la conduite du directeur général chef des services, Christophe Bitasimwa Bahii. La cérémonie s’est tenue dans l’amphithéâtre Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en présence de plusieurs cadres et partenaires institutionnels.
À travers cette réforme, l’IGF entend moderniser ses mécanismes de surveillance financière grâce à un contrôle permanent informatisé. L’objectif est de détecter en temps réel les actes de corruption, les tentatives de détournement et les incohérences dans la gestion des finances publiques.
Une réforme portée par la digitalisation
Selon Christophe Bitasimwa Bahii, cette stratégie s’inscrit dans le cadre du Plan stratégique triennal et du Schéma directeur de digitalisation de l’IGF pour la période 2026-2028. Ce vaste programme est évalué à 39 millions de dollars américains et financé par l’État congolais.
À ce jour, 22 millions de dollars ont déjà été mobilisés, tandis que 17 millions restent attendus pour permettre l’aboutissement complet de cette transformation numérique. Les autorités espèrent ainsi renforcer davantage la transparence dans les circuits financiers de l’État.

Le nouveau système doit connecter plusieurs plateformes de gestion publique, notamment les données fiscales, douanières, budgétaires, bancaires et liées aux marchés publics. Cette interconnexion permettra à l’IGF de suivre simultanément plusieurs opérations financières et d’identifier rapidement les anomalies.
Des résultats déjà mis en avant
Depuis l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante en mai 2025, l’IGF affirme avoir obtenu des résultats jugés encourageants dans plusieurs secteurs. Les missions d’encadrement et de contre-vérification ont notamment permis l’ajout d’environ 3.000 contribuables autrefois considérés comme introuvables ou inactifs.
Le service évoque également une hausse importante des prises en charge financières, passées de 140 à 178 milliards de francs congolais, soit une augmentation de 52,9 %. Les Avis de Mise en Recouvrement ont aussi progressé, générant près de 432 milliards de francs congolais de recettes supplémentaires.
Dans le secteur douanier, l’IGF indique avoir établi 62 procès-verbaux d’infractions pour un montant dépassant 196 milliards de francs congolais et 1,9 milliard de dollars américains. À cela s’ajoutent des redressements fiscaux, douaniers et non fiscaux évalués à plus de 5 milliards USD.
La lutte contre les dépenses irrégulières
Au niveau des dépenses publiques, l’IGF affirme avoir permis à l’État de réaliser près de 690 millions de dollars d’économies dans le remboursement des crédits TVA. Des audits menés dans 50 services administratifs ont également révélé l’existence de 38.597 agents fictifs et plus de 1.000 doublons dans les fichiers de paie.
Ces irrégularités représentaient un impact financier estimé à plus de 15 milliards de francs congolais chaque mois. Pour les responsables de l’IGF, ces chiffres démontrent l’ampleur des dysfonctionnements qui persistent encore dans l’administration publique congolaise.
Dans les entreprises et établissements publics, l’institution dénonce aussi des taux élevés d’irrégularités de dépenses. Selon les données présentées, plusieurs opérations financières auraient pu déboucher sur des détournements sans l’intervention des inspecteurs des finances.
Les limites de la patrouille financière
Malgré les résultats obtenus ces dernières années, Inspection générale des finances reconnaît aujourd’hui les limites de la stratégie de « patrouille financière ». Ce système de contrôle manuel nécessitait d’importantes ressources humaines et financières, tout en produisant des effets jugés insuffisamment durables.
L’IGF estime également que cette méthode donnait parfois l’impression d’une cogestion des institutions publiques et ne répondait plus à l’évolution rapide des technologies financières modernes. Pour les responsables du service, les méthodes traditionnelles ne peuvent plus suivre la complexité des flux numériques actuels.
Avec le contrôle systémique, l’IGF veut désormais se positionner comme un véritable service d’intelligence financière capable d’agir de manière préventive, analytique et automatisée. Cette réforme marque ainsi un tournant dans la stratégie congolaise de lutte contre la corruption et de modernisation de la gouvernance publique.
Céleste Z