La Banque centrale du Congo (BCC) défend les effets positifs de l'appréciation du franc congolais sur l'économie nationale. Lors d'un briefing presse organisé mardi 28 avril 2026 à la RTNC, par le ministre de la communication, Patrick Muyaya. Au cours de cet exercice de redevabilité, le gouverneur André Wameso a expliqué que cette évolution monétaire contribue à renforcer les finances publiques.
Selon la BCC, le raffermissement du franc congolais n'a pas pénalisé les recettes de l'État. Au contraire, les régies financières ont dépassé les prévisions en 2025, avec des recettes mobilisées atteignant 28.294,8 milliards de francs congolais contre des assignations de 27.401,2 milliards, soit un taux de réalisation de 103,3 %.
Le gouverneur attribue cette performance à la solidité du système de mobilisation des recettes publiques. Cette dynamique budgétaire démontre, selon lui, que la stabilité monétaire peut soutenir les finances publiques lorsqu’elle s'accompagne d'une bonne gestion des ressources.
Toutefois, le gouverneur reconnaît que, l'appréciation du franc a réduit la valeur en monnaie locale des recettes collectées en devises sur les trois derniers mois de l’année. Les pertes de conversion ont été estimées à 659,4 milliards de francs congolais sur près de 1,991 milliard de dollars collectés.
Un gain budgétaire malgré les pertes de conversion
Malgré cette baisse de contre-valeur, l'État a bénéficié d’une réduction significative de ses dépenses en monnaie locale. Les décaissements publics effectués en devises ont coûté moins cher que prévu grâce à la vigueur du franc congolais.
"Sur près de 1,45 milliard de dollars engagés, l'exécution budgétaire a nécessité environ 3.221 milliards de francs congolais, contre une prévision initiale de plus de 4.100 milliards. Cela représente une économie de 876 milliards de francs congolais",a fait savoir André Wameso.
Par ailleurs, après compensation entre les pertes sur les recettes et les économies sur les dépenses, le Trésor public dégage un solde positif net de 217 milliards de francs congolais. Pour la Banque centrale, ce résultat prouve que l'appréciation du franc a globalement renforcé la position budgétaire de l’État.
Cette lecture favorable du contexte monétaire vise à rassurer sur la capacité du gouvernement à préserver l'équilibre budgétaire tout en consolidant la valeur de la monnaie nationale.
Une politique monétaire orientée vers la relance
Dans cette dynamique, la Banque centrale a abaissé son taux directeur de 25 % à 13,5 %. Le gouverneur qualifie cette décision de prudente, estimant que les conditions économiques permettent cet assouplissement sans risque majeur pour la stabilité des prix.
Selon André Wameso, les projections internes montrent que même dans les scénarios les moins favorables, l’inflation resterait maîtrisée autour de 7 %. À ce jour, elle est estimée à 2,36 %, offrant une marge pour soutenir l'activité économique.

La baisse du taux directeur vise également à harmoniser les instruments financiers. La BCC explique que les émissions du Trésor en francs congolais affichaient des rendements inférieurs au taux directeur, créant une incohérence dans le financement de l'économie.
Pour les autorités monétaires, cet ajustement doit faciliter l'accès au financement, stimuler les investissements et envoyer un signal de confiance aux acteurs économiques sur les perspectives de la RDC.
Vers une modernisation progressive des transactions
Le gouverneur a aussi insisté sur les effets attendus de cette politique sur le quotidien des Congolais, notamment sur le logement, le carburant et le coût général de la vie. L'objectif affiché est une amélioration graduelle du pouvoir d’achat grâce à une monnaie plus stable.
Dans cette perspective, la BCC veut encourager la digitalisation des paiements en limitant progressivement les transactions en espèces en devises. Les virements bancaires, les cartes et les solutions numériques sont appelés à prendre une place plus importante.
André Wameso a toutefois tenu à rassurer l'opinion face aux rumeurs sur une éventuelle suppression du dollar dans les échanges d’ici 2027. Il affirme qu'aucune disparition du billet vert n’est envisagée à cette échéance.
La Banque centrale privilégie plutôt une transition graduelle vers une économie davantage numérisée et moins dépendante du cash, avec l'ambition d'adapter les instruments monétaires aux réalités économiques du pays tout en renforçant la confiance dans le franc congolais.
Céleste Z