La sous-traitance dans le secteur privé en République démocratique du Congo a enregistré une progression remarquable au cours des trois dernières années, passant de 300 millions de dollars américains en 2022 à 2,4 milliards en 2024. Malgré une baisse à 1,7 milliard en 2025 en raison de l’insécurité dans l’Est du pays, aggravée par l’agression rwandaise sous couvert des rebelles de l’AFC/M23, les performances réalisées par l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) traduisent l’importance grandissante de ce secteur dans l’économie nationale.
C’est ce qu’a fait savoir le directeur général de l’ARSP, Miguel Kashal, lundi 27 avril à Kinshasa, au cours d’un briefing presse coanimé avec le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Dans son intervention, Miguel Kashal a présenté un bilan jugé encourageant, trois ans après la mise en œuvre des réformes engagées au sein de l’ARSP. Il a mis en avant les progrès réalisés dans la mobilisation des entreprises et l’augmentation du volume des marchés attribués aux sous-traitants congolais.
Une progression portée par les réformes de l'ARSP
« Dès notre prise de fonction, nous avons trouvé un chiffre d’affaires de la sous-traitance évalué à près de 300 millions USD. Aujourd’hui, les statistiques font état de plus de 2 milliards USD de chiffre d’affaires réalisés en 2023 », a déclaré Miguel Kashal. Selon lui, cette dynamique constitue un levier important pour l’émergence d’une classe moyenne nationale et pour une meilleure participation des entreprises congolaises dans les marchés.
Le directeur général de l’ARSP a expliqué que cette progression entre 2022 et 2024 est le résultat des actions de sensibilisation menées auprès des entreprises concernées. Ces efforts ont permis de porter la part des entreprises congolaises à 51 % du chiffre d’affaires global du secteur, contre 49 % pour les expatriés.

Même si la baisse enregistrée en 2025 reflète les conséquences du conflit armé dans l’Est, le régulateur estime que les acquis demeurent solides. Le maintien d’une majorité congolaise dans la répartition du chiffre d’affaires est présenté comme un signe de consolidation progressive de cette politique économique.
L'ARSP veut protéger l'espace économique des PME locales
Au-delà des résultats financiers, l’ARSP veut renforcer le respect des règles encadrant la chaîne de valeur, notamment dans le secteur minier. L’autorité entend veiller à ce que les activités réservées aux sous-traitants ne soient pas exercées par les entreprises principales, afin de protéger les opportunités économiques des PME locales.
Cette orientation vise à empêcher les grandes entreprises minières de contrôler toutes les étapes de la chaîne économique au détriment des entrepreneurs locaux. L’ARSP insiste sur la nécessité de préserver un espace économique viable pour les sous-traitants, considérés comme des acteurs essentiels au développement industriel du pays.
En dépit des perturbations sécuritaires qui freinent certains secteurs, la régulation de la sous-traitance apparaît aujourd’hui comme un instrument stratégique pour stimuler l’économie nationale. Pour le gouvernement, le renforcement des PME congolaises reste une priorité afin de bâtir une économie plus inclusive et moins dépendante des intérêts extérieurs.
Le dialogue présenté comme moteur des résultats obtenus
À la base de ces résultats, l’ARSP met en avant plusieurs leviers, notamment la sensibilisation et le dialogue avec les différentes parties prenantes. Ce travail de concertation a été engagé en priorité entre les entreprises principales et la Fédération des entreprises du Congo afin de favoriser un consensus autour de la loi sur la sous-traitance.
Pour Miguel Kashal, les entreprises principales et les sous-traitants ne doivent pas être perçus comme des adversaires, mais comme des partenaires appelés à travailler ensemble dans l’esprit de la loi. Cette approche a permis de renforcer les collaborations entre les différents acteurs du secteur.
Le directeur général de l’ARSP souligne enfin que cette dynamique a également favorisé la création d’emplois déclarés grâce à l’enregistrement progressif des entreprises. Un résultat qui, selon lui, confirme que la régulation de la sous-traitance peut devenir un moteur durable de croissance et d’intégration économique en République démocratique du Congo.
Celeste Z