L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) monte au créneau. Dans un communiqué publié le 27 novembre 2025, l’organisation de contrôle citoyen a vivement réagi à la correspondance du ministère de l’Intérieur annonçant une « mission de contrôle approfondi » des finances de la Ville de Kinshasa. Une initiative jugée « illégale » et « attentatoire à l’autonomie provinciale ».
Selon l’ODEP, le ministère de l’Intérieur ne détient aucune compétence légale pour diligenter un audit administratif ou financier dans une entité provinciale. S’appuyant sur la Constitution, l’organisation rappelle que les provinces disposent d’une autonomie administrative, financière et organisationnelle (article 3), protégée de toute ingérence non prévue par la loi (article 197).
Trois seules autorités habilitées à contrôler les finances provinciales
Le communiqué précise que la gestion financière d’une province ne peut être auditée que par trois institutions dûment habilitées :
- La Cour des comptes, chargée de l’audit financier externe et juridictionnel ;
- L’Inspection Générale des Finances (IGF), lorsque celle-ci est régulièrement saisie par les autorités compétentes ;
- Les Assemblées provinciales, investies du contrôle politique et budgétaire sur les gouvernements provinciaux.
Toute intervention du ministère de l’Intérieur en dehors de ce cadre constituerait, selon l’ODEP, « une violation de l’autonomie provinciale » et « un dangereux précédent pour l’État de droit ». L’organisation cite même Montesquieu : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. »
Kinshasa en crise, mais les contrôles doivent rester légaux
Si l’ODEP reconnaît la dégradation de la gouvernance provinciale — insécurité croissante, salubrité en chute libre, recul des services publics — elle insiste sur un principe fondamental : la fin ne justifie pas les moyens.
« Un contrôle nécessaire ne devient légitime que lorsqu’il respecte la Constitution et la loi », rappelle le document, citant Gandhi : « La fin est dans les moyens qu’on emploie. »
L’organisation estime qu’un audit est indispensable, mais qu’il doit être mené par les institutions compétentes, afin d’éviter toute dérive centralisatrice ou instrumentalisation politique.
L’ODEP appelle au respect strict des mandats institutionnels
L’Observatoire dit saluer le rôle essentiel de la Cour des comptes, de l’IGF — dans le respect du cadre légal — ainsi que des Assemblées provinciales, qu’elle décrit comme « garantes de la redevabilité politique ». Il souligne que la transparence ne doit en aucun cas se construire au détriment de la légalité : « L’État de droit ne doit jamais être sacrifié sous prétexte d’efficacité. »
Clôturant son communiqué sur une citation de Nelson Mandela, « Un État qui respecte la loi est la garantie de la liberté », l’ODEP invite toutes les parties prenantes à œuvrer pour une gouvernance transparente, mais conforme à la Constitution.
Ecomine.cd