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22 ans, 2,3 milliards USD, 64 projets : la LICOCO déplore le bilan contrasté des prêts chinois à la RDC (rapport)

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Photo d'illustration.

Entre 2000 et 2022, la République Démocratique du Congo a contracté près de 2,3 milliards de dollars américains de prêts auprès de la Chine, dans le but déclaré de financer des projets de développement socio-économique. Selon un rapport récent de la Ligue Congolaise de Lutte contre la Corruption (LICOCO), s’appuyant sur les données de la Global China Initiative de l’Université de Boston, ces emprunts ont été affectés à 64 projets dans divers secteurs.

Toutefois, à la lumière des constats sur le terrain, la majorité de ces investissements sont aujourd’hui au cœur de controverses liées à la mauvaise gouvernance, la corruption, et la surfacturation.

Des promesses d’infrastructures... aux soupçons de détournement

Le secteur des transports est le principal bénéficiaire de ces fonds, avec 39 projets financés pour un total d’un milliard USD. Suivent les secteurs de l’énergie (676 millions USD), des TIC (323,3 millions USD), et d'autres domaines comme l’administration publique, l’environnement, l’industrie et les mines. Mais, selon la LICOCO, les résultats sont loin d’être à la hauteur des engagements.

Parmi les projets phares ayant suscité la polémique figure le Contrat SICOMINES, une joint-venture entre des entreprises chinoises et la Gécamines. Prévu initialement comme un « contrat gagnant-gagnant » avec un échange infrastructures-contre-minerais, ce partenariat est aujourd’hui pointé du doigt par l’Inspection Générale des Finances (IGF), qui estime que la Chine aurait déjà récupéré plus de 12 milliards USD de minerais, soit le double du montant emprunté. Ce déséquilibre a poussé le gouvernement congolais à exiger la renégociation du contrat depuis juillet 2023, sans communication claire sur l’évolution des discussions.

Des exemples édifiants de mauvaise gestion

Le rapport de la LICOCO cite plusieurs projets jugés douteux :

- Route Lutendele (2,8 km) : Coût déclaré de 21 millions USD. La société civile évoque une surfacturation manifeste. 
- Route Lubumbashi-Kasomeno (137 km) : 168 millions USD dépensés, alors que le terrain plat ne justifie pas un tel montant.
- Route Bukavu-Nyangezi-Kamanyola (55 km) : les fonds sont débloqués, mais la route n’existe toujours pas.
- Route à Uvira (5 km) : 5 millions USD engagés, mais aucune modernisation constatée.

Selon la LICOCO et plusieurs ONG, ces cas révèlent un schéma répétitif d’abus : les projets sont partiellement réalisés, non réalisés ou exécutés à des coûts excessifs. L’IGF confirme cette lecture dans son rapport de mai 2023, demandant même l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur certains dossiers.

Des projets abandonnés ou inachevés

Le rapport soulève aussi des inquiétudes sur des projets hors du secteur des transports. Ainsi, le stade de Bukavu, l’usine de captage d’eau à Kamina, ou encore le projet de fibre optique lancé en 2015, restent inachevés ou non opérationnels. Ce dernier projet à lui seul a coûté 123,6 millions USD, sans que l’on puisse constater les retombées concrètes sur le réseau de télécommunications du pays.

Une corruption systémique

Pour la LICOCO, ces échecs à répétition s’inscrivent dans un contexte plus large de corruption généralisée. L’organisation estime que les emprunts chinois ont surtout servi à enrichir une élite politico-administrative, au détriment de la population congolaise. En réponse, elle formule plusieurs recommandations urgentes :

1. Audit indépendant des projets financés par la Chine, en particulier ceux soupçonnés de n’avoir jamais été réalisés ou d’avoir été surfacturés ;
2. Finalisation du contentieux SICOMINES, avec transparence ;
3. Soumission de tout nouvel emprunt au Parlement, avec un mécanisme de suivi ;
4. Poursuites judiciaires contre les auteurs de détournements liés à ces emprunts.

Un avertissement pour l’avenir

En conclusion, les emprunts contractés auprès de la Chine entre 2000 et 2022 devaient marquer une étape décisive dans le développement des infrastructures congolaises. Pourtant, les retombées concrètes sont largement en-deçà des attentes, voire inexistantes dans plusieurs cas. À travers ce rapport, la LICOCO lance un appel à la vigilance, à la transparence, et à la justice, afin que les dettes contractées au nom du peuple congolais bénéficient réellement à celui-ci.

« Dans un pays où la corruption est généralisée, seuls des audits indépendants et des sanctions exemplaires pourront redonner du sens aux emprunts internationaux. », a conclu Ernest Mpararo, Secrétaire Exécutif de la LICOCO.

Ecomine.cd