Pour la première fois, l’homme d’affaires israélien Dan Gertler reconnaît publiquement, dans un témoignage écrit présenté lors d’une procédure d’arbitrage, avoir versé d’importantes sommes d’argent à un proche du pouvoir congolais. Cette déclaration, révélée par Bloomberg et largement reprise par la société civile congolaise, jette une lumière crue sur des années d’opacité autour des contrats miniers en République Démocratique du Congo.
L’affaire en question concerne un arbitrage privé, de nature strictement civile, entre Dan Gertler et les frères israéliens Moises et Mendi Gertner. Ces derniers réclamaient plus de 1,6 milliard USD, arguant avoir perdu des centaines de millions dans des investissements en RDC. Le tribunal arbitral, présidé par Eitan Orenstein en Israël, a condamné Gertler à leur verser environ 85 millions USD, plus intérêts, soit un total de 248 millions USD.
Mais au-delà du conflit financier, c’est le contenu du témoignage de Dan Gertler qui a retenu toute l’attention.
Des aveux lourds de conséquences
Dans sa déclaration, Dan Gertler admet avoir : versé "beaucoup d’argent" à Augustin Katumba Mwanke, conseiller influent du président Joseph Kabila ; détourné des parts dans des entreprises congolaises au nom de Katumba ; remis des espèces directement à l’État congolais et à la Banque Centrale du Congo ; et s’être vu comme un véritable "roi au Congo".
Selon le même témoignage, Katumba aurait utilisé ses connexions avec les autorités congolaises pour favoriser Gertler dans l’attribution des actifs miniers, ce qui soulève de graves soupçons de corruption et de conflit d’intérêts.
Même si Gertler prétend aujourd’hui que Katumba n’était pas un officiel en fonction, le Département américain de la Justice l’avait identifié comme "officiel congolais" dans l’affaire Och-Ziff, une enquête internationale de grande ampleur. L’existence de paiements massifs en échange de « facilitation » de contrats miniers souligne l’illégitimité du partenariat entre les deux hommes.
Pas un blanchiment, ni une réhabilitation
Il est crucial de rappeler que l’arbitrage civil ne statue pas sur des faits criminels : il ne blanchit en rien Dan Gertler. L’arbitre lui-même reconnaît ne pas être compétent pour juger d’éventuelles infractions pénales. Pourtant, certains proches de Gertler cherchent à présenter cette décision comme un désaveu des critiques. C’est une interprétation manipulatoire, dénonce le collectif Congo n’est pas à vendre (CNPAV).
Par ailleurs, Gertler n’a pas restitué ses actifs en RDC comme certains le prétendent. Il continue à percevoir des royalties considérables sur des contrats miniers controversés, ce qui aggrave l’impression d’impunité et de préjudice économique pour la RDC.
Ces aveux marquent un tournant majeur dans la lutte contre la corruption en RDC. Pour la première fois, Gertler admet, de sa propre voix, avoir versé des pots-de-vin à un proche du président, tout en ayant des intérêts directs dans des entreprises locales. Ces éléments renforcent la nécessité de maintenir les sanctions internationales à son encontre et d’envisager des poursuites judiciaires dans des juridictions compétentes.
Ce témoignage constitue une preuve supplémentaire de l’enrichissement privé au détriment de l’État congolais. Alors que les ressources minières de la RDC devraient financer le développement du pays, elles ont été captées pendant des années par des circuits opaques. Aujourd’hui plus que jamais, la justice congolaise et internationale est appelée à prendre ses responsabilités.
Lovic-Benjamin Nsapu