Longtemps cantonnées aux communes dites périphériques de Kinshasa comme Bandalungwa, Kalamu, Kasa-Vubu ou encore Kintambo, les kermesses, ces bars de fortune occupant les trottoirs, ronds-points et places publiques, s'invitent désormais au cœur même de la commune de la Gombe, centre administratif et diplomatique de la capitale congolaise. Une évolution qui étonne plus d’un, tant cette commune était jusqu’ici considérée comme un bastion du contrôle urbain et de l’ordre public.
Ce phénomène, autrefois circonscrit à la périphérie populaire, semble aujourd’hui faire sauter les dernières digues de régulation urbaine, s’installant sans gêne dans des zones historiquement épargnées.
De la périphérie à la commune modèle : une contagion urbaine
L’expansion des kermesses dans les quartiers animés de Kinshasa n’est pas nouvelle. Ces bars à ciel ouvert, installés à même le sol ou sous de simples bâches, offrent boissons et grillades à une clientèle variée, dans une ambiance souvent festive et bruyante. Ils prospèrent particulièrement dans les communes où l’activité nocturne est intense et la présence des services de régulation, plus discrète.
Ce qui change aujourd’hui, c’est leur présence visible dans la Gombe, perçue jusqu’alors comme un îlot de rigueur, avec ses institutions étatiques, ses ambassades et ses sièges d’entreprises. Cette intrusion marque un tournant : le phénomène ne connaît plus de frontière sociale ni géographique.
Entre débrouillardise et désordre urbain
S’il est indéniable que les kermesses offrent des opportunités économiques à une jeunesse désœuvrée, leur prolifération soulève de sérieux défis : Occupation anarchique de l’espace public, nuisances sonores, hygiène douteuse, inflation des prix, parfois quatre fois au-dessus des tarifs normaux, déclin de la qualité de vie dans les quartiers concernés...
À la Gombe comme ailleurs, les habitants commencent à exprimer leur malaise face à cette mutation du paysage urbain.
L’arrivée de ce phénomène dans des zones jusque-là « protégées » devrait sonner l’alarme auprès des pouvoirs publics. Il ne s’agit pas de nier la vitalité populaire qui anime Kinshasa, mais de l’encadrer intelligemment. La ville a besoin : d’une politique de régulation de l’informel, d’une revalorisation de l’espace public, d’une concertation avec les communes pour définir des zones commerciales temporaires, d’une veille urbaine active, capable d’anticiper les dérives.
Que la Gombe cède à son tour à la pression des kermesses envoie un message fort : la saturation urbaine touche désormais tous les niveaux sociaux et toutes les zones administratives. Le laisser-faire n’est plus une option. Kinshasa doit aujourd’hui faire le choix d’une ville plus juste et mieux organisée, où l’économie populaire a sa place, mais dans un cadre respectueux de l’intérêt collectif.
Lovic-Benjamin Nsapu