L’Observatoire de la dépense publique (ODEP) a publié ce jeudi un communiqué alarmant après la prise d’Uvira par les rebelles de l’AFC-M23 appuyés par le Rwanda. Cette nouvelle défaite de l’armée congolaise intervient après la chute de Goma puis de Bukavu, confirmant, selon l’ODEP, « une progression fulgurante » de la rébellion face à un affaiblissement inquiétant des FARDC.
L’organisation de contrôle citoyen estime que la situation atteint désormais un seuil critique, révélant l’échec des réformes sécuritaires promises et l’absence de mesures correctives après la perte de Goma en mai dernier.
Dans son communiqué, l’ODEP rappelle qu’elle avait proposé plusieurs pistes d’action au Président Félix Tshisekedi après la chute de Goma. Parmi celles-ci : l’organisation d’un dialogue national inclusif dans toutes les provinces ; une restructuration urgente et profonde de l’armée ; la mise en congé du ministre de la Défense, du ministre de l’Intérieur et du chef d’état-major général.
« Aucune de ces recommandations n’a été appliquée », regrette l’organisation. Sept mois plus tard, l’absence de décisions fortes « nous a coûté une nouvelle perte stratégique : Uvira ».
Trois scénarios possibles selon l’ODEP
Face à cette nouvelle étape de la crise, l’ODEP décrit trois scénarios envisageables pour la République démocratique du Congo.
La démission du Président de la République
Dans un langage très direct, l’ODEP estime que le chef de l’État porte la responsabilité constitutionnelle de la défense du territoire et n’a pas su renforcer les capacités de l’armée.
Pour éviter « une humiliation nationale » et une éventuelle percée rebelle jusqu’à Kinshasa, l’organisation suggère que Félix Tshisekedi démissionne.
Cette vacance du pouvoir ouvrirait une transition dirigée par le Président du Sénat, conformément à la Constitution, avec des mesures fortes : dissolution du Parlement et des Assemblées provinciales ; dissolution du gouvernement Suminwa II : nomination d’un Premier ministre consensuel ; formation d’un gouvernement restreint incluant des officiers réputés intègres.
Objectif : réduire les risques d’une victoire totale de la rébellion et préserver le processus démocratique.
Organiser une résistance armée
L’ODEP considère qu’une résistance militaire structurée aurait dû être mise en place dès la prise de Goma.
Mais selon elle, les promotions sans mérite, les détournements des fonds destinés à l’armée, le tribalisme au sein du gouvernement et le désordre dans la chaîne de commandement ont fortement compromis cette option, aujourd’hui jugée « extrêmement difficile à mettre en œuvre ».
Ne rien faire et poursuivre la diplomatie
Le troisième scénario consiste à maintenir la stratégie actuelle, fondée sur les négociations internationales.
L’ODEP met en garde : les accords de Washington et de Doha « n’apporteront aucune paix durable » et risquent de placer de nouveau le pays sous influence extérieure.
Selon l’organisation, un maintien de cette approche pourrait mener à : l’installation d’un nouveau régime autoritaire ; une domination politique contrôlée par les alliés de Paul Kagame ; un recul majeur de la démocratie, voire la suspension temporaire des partis politiques.
L’ODEP conclut en affirmant que la chute d’Uvira n’est pas un simple revers tactique mais « un tournant » qui exige des mesures urgentes et une remise en question profonde de la gouvernance sécuritaire.
« Il est indispensable d’éviter un scénario semblable à celui de 1997, qui avait plongé le pays dans la domination étrangère et un chaos généralisé », prévient l’organisation.
Ecomine.cd