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Crise sécuritaire dans l'Est du pays : 1 750 entreprises chinoises opérant dans l'illégalité font perdre à la RDC plus de 4,4 millions USD chaque mois depuis 15 ans

gouverneur de la province du Sud-kivu, Jean-Jacques Purusi
gouverneur de la province du Sud-kivu, Jean-Jacques Purusi
  • Mines

La guerre d'agression rwandaise dans l'Est du pays n'a pas seulement causé des pertes en vies humaines, mais aussi des dégâts matériels et la spoliation des ressources minérales. À l’issue d’une enquête menée après la décision du gouvernement provincial du Sud-Kivu, le 18 juillet 2024, de suspendre toute activité minière dans cette partie du pays, les autorités provinciales ont identifié l'existence de 1 750 entreprises à capitaux chinois opérant illégalement dans le secteur minier depuis plus de 15 ans.

Selon le gouverneur de ladite province, Jean-Jacques Purusi, qui a révélé ces informations lors d’un briefing presse animé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, sur les antennes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), le jeudi 2 avril 2026, "ces sociétés exploitaient les ressources congolaises en dehors de tout cadre légal, notamment en les faisant transiter par le Rwanda, sans disposer ni de bureaux ni de documents officiels en RDC", a-t-il souligné.

Lors de cet exercice de redevabilité, le gouverneur a précisé que les estimations de cette exploitation illicite ont entraîné un manque à gagner mensuel de près de 4,4 millions de dollars pour le pays. Avant la mise en place de certaines réformes, les recettes officielles de la province concernée ne s’élevaient qu’à 400 000 dollars par mois, illustrant l’ampleur de la fraude et de l’évasion économique.

"Après la fermeture des activités minières dans la province du Sud-Kivu, nous avons identifié 1 750 entreprises à capitaux chinois qui exploitent illégalement nos minerais et les font transiter vers le Rwanda. Ces entreprises n’ont ni bureaux ni cartes de permis de travail ou de recherche. Cela faisait perdre à la province 4,4 millions USD chaque mois, alors qu’avant la fermeture de ces activités, elle ne produisait que 400 000 USD par mois. La mise en œuvre de certaines réformes nous permet aujourd’hui d’atteindre une recette de 4,8 millions USD par mois", a-t-il déclaré.

Les autorités congolaises pointent également du doigt un réseau structuré de contrebande s’appuyant sur la route nationale numéro 5. Cette voie est utilisée pour acheminer illicitement les minerais vers le Rwanda, facilitant ainsi leur exportation en dehors de tout contrôle des services compétents de la RDC.

Selon la même source, "ce système a permis au Rwanda d’encaisser jusqu’à 7,8 millions de dollars par mois grâce à ces activités frauduleuses", a révélé le gouverneur Jean-Jacques Purusi. Une situation jugée préoccupante par Kinshasa, qui dénonce un pillage organisé de ses ressources naturelles au détriment de son économie nationale.

Face à cette situation, le gouvernement congolais entend renforcer les mécanismes de contrôle et de traçabilité des minerais, tout en intensifiant les réformes dans le secteur minier. L’objectif affiché est de mettre fin à ces pratiques illégales et de garantir une exploitation transparente et bénéfique pour le pays.

Pour mettre fin à cette fraude qui dure depuis plusieurs décennies, le gouvernement de Kinshasa s’appuie notamment sur les accords signés entre le Rwanda et les États-Unis, visant à mettre un terme à ce conflit qui a causé d’importants dégâts matériels et de nombreuses pertes en vies humaines.

Céleste Z