ACTUALITE

ECONOMIE

ENVIRONNEMENT

ENQUETES

CORRUPTION

Cuivre : La RDC consolide sa position de leader africain avec près de 20 milliards USD d’exportations

1
Photo d'illustration.
  • Mines

‎C’est une performance économique qui confirme une tendance lourde : la République Démocratique du Congo (RDC) reste, de loin, le premier exportateur africain de cuivre. Avec 19,8 milliards de dollars de recettes générées en 2024, le géant d’Afrique centrale creuse l’écart avec ses voisins et s’impose désormais comme un acteur mondial incontournable de la transition énergétique.

‎Ce chiffre impressionnant a été révélé par Business Insider Africa dans son classement actualisé des dix premiers exportateurs africains de cuivre publié fin juillet 2025.

Une domination sans partage sur le continent

‎La RDC capte à elle seule près de 57 % de la valeur totale du cuivre exporté depuis l’Afrique, estimée à 35 milliards de dollars en 2024. Elle est suivie de loin par la Zambie (7,6 milliards USD) et la Tanzanie (2,2 milliards USD). Les autres producteurs, comme le Congo-Brazzaville, l’Afrique du Sud ou la Libye, restent significativement en retrait.

Rang    Pays    Exportations de cuivre (USD)

‎1    RDC    19,8 milliards
‎2    Zambie    7,6 milliards
‎3    Tanzanie    2,2 milliards
‎4    Congo-Brazzaville    1,3 milliard
‎5    Afrique du Sud    1,1 milliard
‎6    Libye    913 millions
‎7    Égypte    905 millions
‎8    Namibie    429 millions
‎9    Maroc    376 millions
‎10    Nigeria    366 millions

Source : Business Insider Africa, juillet 2025

‎Dans un monde en pleine mutation énergétique, le cuivre est devenu une ressource stratégique. Essentiel dans la fabrication de batteries, de câbles électriques, de véhicules électriques ou encore d’éoliennes, le cuivre alimente l’économie verte et la digitalisation mondiale.

‎Grâce à son immense richesse en sous-sol, principalement concentrée dans la région du Katanga (Haut-Katanga, Lualaba), la RDC bénéficie d’un avantage comparatif considérable. Le pays abrite l’une des plus grandes réserves de cuivre au monde, souvent associé à un autre minerai clé : le cobalt, dont la RDC est également premier producteur mondial.

Une industrie portée par les multinationales… mais sous haute surveillance

‎La montée en puissance des exportations de cuivre s’appuie sur l’activité de grandes compagnies minières telles que Glencore, China Molybdenum, Ivanhoe Mines, ou encore Gécamines, la société publique congolaise. Cependant, cette dépendance à l’investissement étranger soulève régulièrement des débats sur la souveraineté minière, la transparence des contrats, et la juste répartition des revenus.

‎Face à ces enjeux, les autorités congolaises multiplient les initiatives pour mieux encadrer le secteur : révision de contrats, renforcement des capacités de la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participation (DGRAD), dématérialisation du cadastre minier, et relance du rôle de Gécamines.

‎Malgré les recettes colossales générées par les exportations, plus de 90 % du cuivre congolais est exporté à l’état brut ou semi-brut, principalement vers la Chine, Singapour, les Émirats arabes unis et l’Égypte. Une situation que le gouvernement entend corriger à moyen terme.

‎À travers le Plan National Stratégique de Développement (PNSD), les autorités prônent la transformation locale du cuivre, avec pour objectif la création de zones économiques spéciales, l’implantation de fonderies locales, et l'intégration du secteur minier dans une politique industrielle nationale.


‎« Nous ne voulons plus être simplement un pays extracteur. Il faut désormais transformer sur place et créer de la valeur ajoutée au bénéfice de notre économie et de nos jeunes », déclarait récemment Guylain Nyembo, Vice-Premier Ministre, Ministre du Plan et de la Coordination de l’Aide au Développement.


Une dépendance à double tranchant

‎Si le cuivre est un atout économique majeur, la dépendance croissante de l’économie congolaise aux matières premières représente également un risque structurel. Les fluctuations des cours mondiaux, la baisse de la demande chinoise ou les tensions géopolitiques peuvent affecter lourdement les recettes publiques.

‎Selon des économistes, la RDC gagnerait à diversifier ses sources de revenus (agriculture, télécoms, énergie, infrastructures) et à renforcer la résilience de son économie face aux chocs exogènes.

‎Avec cette performance, la RDC confirme son rang stratégique sur l’échiquier économique africain. Le pays est de plus en plus courtisé par les grandes puissances industrielles, les investisseurs miniers, mais aussi les institutions multilatérales (Banque mondiale, FMI, BAD) qui y voient un levier majeur pour le développement du continent.

‎La RDC ne se contente plus d’être un pays riche en ressources. Elle devient un acteur central de la chaîne d’approvisionnement mondiale en minerais critiques, et donc un maillon essentiel de l’économie mondiale de demain. Le défi reste désormais de convertir cette richesse en développement durable, inclusif et souverain.

Lovic-Benjamin Nsapu