Selon un rapport publié en novembre par Global Witness, une ONG spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles, l'exploitation du lithium en Afrique alimente la corruption, ne bénéficie pas aux économies des pays producteurs et cause des préjudices graves aux communautés locales. Ce rapport met en évidence les conséquences de l'exploitation du lithium dans les pays en développement, notamment la corruption politique qui l'accompagne.
Le rapport intitulé «A rush for Lithium in Africa risks fuelling corruption and failing citizens» s'appuie sur les enquêtes menées par Global Witness dans trois mines de lithium au Zimbabwe, en Namibie et en République Démocratique du Congo. Ecomine.cd s’intéresse sur le cas de la RDC.
Concernant le pays de Félix Tshisekedi, ce rapport révèle que les tentatives de développement du vaste gisement de lithium de Manono-Kitotolo sont entravées par un conflit concernant la propriété de la licence minière entre AVZ Minerals, une société minière junior cotée en Australie, et le conglomérat chinois Zijin Mining.
En 2022, une enquête réalisée par l'Inspection générale des finances (IGF), a révélé que Zijin Mining a acquis 30% des parties du projet Manono-Kitotolo auprès de la société minière publique La Cominière à un prix considérablement inférieur à sa véritable valeur. L'enquête a également révélé que la société chinoise aurait versé 1,6 million de dollars à un cabinet de conseil local appelé Focus Plaidoirie en tant que « commission » pour la transaction. Il a été précisé que ce cabinet appartiendrait à Lisette Kabanga, ancienne secrétaire adjointe chargée des relations extérieures du parti politique du président Félix Tshisekedi.
Les enquêtes ont également révélé que les transactions complexes par lesquelles AVZ Minerals a acquis une part majoritaire dans le projet minier auraient rapporté plus de 20 millions de dollars à Dathomir Mining Resources, une société-écran détenue par des hommes d'affaires congolais. Certains de ces hommes d'affaires sont impliqués dans des scandales de corruption antérieurs sous le règne de l'ancien président Joseph Kabila. Cette société-écran avait pris le contrôle de la mine de lithium Manono-Kitotolo en 2016, en signant un contrat avec La Cominière en vertu duquel elle acceptait d'effectuer un paiement de 6 millions de dollars à la société minière d'État en plusieurs versements. Mais avant de devoir effectuer ce paiement, Dathomir Mining Resources a vendu sa participation à AVZ Minerals pour plus de 28 millions de dollars.
Alors que la demande mondiale de lithium devrait augmenter de six fois d'ici 2035, l'exploitation de ce minerai crucial en Afrique risque principalement de bénéficier aux compagnies minières étrangères et à des élites locales corrompues.
RDC : la ruée vers le lithium
Le lithium est un minéral crucial pour la transition énergétique. Il est principalement connu comme une composante de batterie des véhicules électriques. Certes, il a d’autres utilités. Par exemple, il peut aussi être utilisé lors de la création de batteries d’éoliennes, de panneaux solaires ou même pour les appareils électroniques. L’urgence climatique menant à un changement vert, le lithium va devenir très populaire et très payant pour ses différentes utilités. Depuis 2021, celui-ci a augmenté de 832 % dans le marché chinois. Or, il est prévu que pour 2040, la vente des voitures électriques va surpasser celle des véhicules à essence. Le pays qui s’implique le plus dans l’exploitation du lithium est la Chine. Plus de la moitié de la production mondiale de ce minerai serait faite par des entreprises chinoises.
La Rédaction