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RDC – Budget 2024 : quand l’État dépense plus pour ses institutions que pour sa population (rapport ODEP)

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Florimond Muteba, PCA de l'ODEP.

65 ans après l’indépendance, le rapport annuel de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), publié mercredi 9 juillet 2025, dresse un constat sévère sur la gestion du budget 2024 en République démocratique du Congo. Malgré une enveloppe record de 37 366 milliards CDF (environ 14,7 milliards USD), l’exécution budgétaire reste dominée par les dépenses de fonctionnement au détriment des investissements et des secteurs sociaux pourtant essentiels.

Des priorités budgétaires décalées

Sur l’ensemble du budget, près de 48 % ont été consacrés aux dépenses courantes (salaires, fonctionnement des institutions), contre seulement 24 % aux investissements publics. Plus alarmant encore : moins de 15 % de ces investissements ont réellement été exécutés, soit à peine 3,6 % du budget total.

Les services généraux de l’administration publique concentrent ainsi plus de 71 % des dépenses exécutées, alors que les secteurs comme l’éducation, la santé et la protection sociale ne dépassent pas 18 %.

Le Fonds de péréquation, une fiction budgétaire

Prévu par l’article 181 de la Constitution pour réduire les inégalités entre provinces, le Fonds de péréquation avait été budgétisé à hauteur de 1 957 milliards CDF (environ 772 millions USD). Résultat : zéro franc exécuté en 2024. Ce non-respect prive les territoires les plus pauvres des ressources pourtant promises.

Les secteurs sociaux relégués au second plan

Éducation : sur près de 6 788 milliards CDF (environ 2,7 milliards USD) exécutés, l’essentiel a servi à payer les salaires. Les cantines et le transport scolaire n’ont reçu qu’1 milliard CDF, soit 0,39 million USD, somme symbolique face aux besoins réels.

Santé : à peine 521 milliards CDF (environ 205 millions USD) ont été dépensés, avec moins de 25 millions USD pour la prévention et la lutte contre les épidémies, malgré les risques sanitaires chroniques.

Protection sociale : seulement 296 milliards CDF (environ 117 millions USD), représentant moins de 1 % du budget exécuté.

Des recettes mobilisées, mais mal orientées

Les régies financières ont pourtant bien travaillé :

La DGI a collecté plus de 900 milliards CDF par mois (environ 355 millions USD).

La DGDA a mobilisé entre 500 et 600 milliards CDF par mois.

La DGRAD, autour de 200 à 300 milliards CDF mensuels.

Mais ces efforts fiscaux ne se sont pas traduits en services pour la population.

Des recommandations fortes

Face à ces déséquilibres, l’ODEP appelle à :

  • Une publication mensuelle détaillée des recettes et dépenses, y compris celles des comptes spéciaux.
  • La réactivation réelle du Fonds de péréquation.
  • Une priorisation effective des secteurs sociaux, conformément aux engagements constitutionnels.
  • Une participation citoyenne accrue et un contrôle parlementaire renforcé.

« Le budget doit cesser d’être un outil de survie institutionnelle et devenir l’instrument central du contrat social entre l’État et les citoyens », conclut l’ODEP.

Notons que l'ODEP est une organisation non gouvernementale congolaise spécialisée dans le contrôle citoyen des finances publiques. Elle promeut la transparence, la redevabilité et la bonne gouvernance budgétaire. L’ODEP joue un rôle de chien de garde citoyen des finances publiques congolaises, avec une voix critique mais constructive, pour pousser l’État à respecter ses obligations sociales et constitutionnelles.

Ecomine.cd