Alors que les combats entre les rebelles du M23 et les forces armées congolaises s’intensifient au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, la situation humanitaire en République Démocratique du Congo se détériore rapidement. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a lancé un appel de fonds de plus de 40 millions de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées à l’intérieur du pays ainsi qu’aux réfugiés congolais fuyant vers les pays voisins.
Selon le HCR, ces derniers jours, des milliers de familles ont été contraintes d’abandonner leurs foyers, souvent au péril de leur vie. Le Burundi, principal pays de refuge, enregistre un afflux massif de nouveaux arrivants, avec plus de 40.000 réfugiés congolais ayant traversé la frontière depuis le début du mois de février.
Des conditions de vie précaires pour les réfugiés
Sur le terrain, les équipes du HCR constatent un nombre alarmant d’enfants non accompagnés, séparés de leurs familles pendant leur fuite. Beaucoup de ces réfugiés viennent de Goma et d’autres localités situées à des centaines de kilomètres au nord, illustrant une spirale infernale de déplacements forcés dans la région des Grands Lacs.
À leur arrivée au Burundi, la plupart des réfugiés se retrouvent sans abri, exposés aux intempéries, et avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé. La promiscuité dans les sites d’accueil, notamment dans la province de Cibitoke, accroît les risques sanitaires, avec plusieurs cas de rougeole confirmés et un risque de propagation de maladies infectieuses.
Le gouvernement burundais et le HCR prévoient de transférer les réfugiés vers le site de Musenyi, qui dispose d’une capacité d’accueil de 10.000 personnes. Toutefois, cette solution reste insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Un afflux de réfugiés dans toute la région
En plus du Burundi, d’autres pays voisins de la RDC enregistrent également des arrivées massives de réfugiés. Depuis janvier, plus de 13.000 Congolais ont fui vers l’Ouganda, tandis qu’en Tanzanie, les autorités ont signalé 53 demandes d’asile en une seule journée à Kigoma, un record depuis le début de l’année.
L’appel de fonds du HCR vise à soutenir 275.000 déplacés internes dans l’Est de la RDC ainsi qu’un potentiel afflux de 258.000 réfugiés vers le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et la Zambie.
Reprise partielle de l’aide humanitaire à Goma
Parallèlement, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé avoir repris partiellement l’aide alimentaire à Goma, malgré les combats qui continuent de faire rage dans la ville, tombée aux mains des rebelles du M23 fin janvier. Cependant, seuls 9.000 déplacés sur les 83.000 ciblés ont pu recevoir une aide d’urgence en raison de l’insécurité persistante.
"L’escalade du conflit entraîne une hausse alarmante des prix des denrées alimentaires, aggravant la situation des populations vulnérables. Le prix de la farine de maïs a augmenté de 67 %, et celui de l’huile de cuisine de 45 %, rendant l’alimentation de plus en plus difficile pour de nombreuses familles", a dit Peter Musoko, représentant résidant du PAM en RDC.
Un appel à la communauté internationale
Face à l’ampleur de la crise, les agences humanitaires et les experts des Nations Unies appellent à une mobilisation urgente de la communauté internationale pour répondre aux besoins croissants des populations affectées.
Par ailleurs, des experts indépendants de l’ONU ont exprimé leurs préoccupations quant à la gestion des 3.000 corps retrouvés à Goma et aux abords du lac Kivu, demandant des enquêtes médico-légales pour documenter d’éventuelles exécutions extrajudiciaires et violations des droits humains.
La situation en RDC continue de se détériorer, et sans une action rapide et coordonnée, la catastrophe humanitaire risque de s’aggraver davantage.
Lovic-Benjamin Nsapu