L'ancien ministre des Finances de la République Démocratique du Congo, José Sele Yalaghuli, a vivement critiqué la hausse rapide de la dette publique enregistrée entre 2021 et 2023. Selon lui, cette augmentation, qu'il qualifie "d'injustifiée et d'injustifiable", constitue une menace sérieuse pour la stabilité économique du pays et pour les générations futures.
Une dette en forte croissance
Entre 2021 et 2023, la dette publique congolaise est passée de 3,6 milliards USD à 9,8 milliards USD, soit une augmentation de 172 %. Pour Sele Yalaghuli, cette progression est préoccupante, surtout lorsqu'elle est mise en perspective avec l’évolution beaucoup plus maîtrisée de la dette au cours des dix années ayant suivi l’effacement dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Entre 2010 et 2020, la dette publique n’avait augmenté que de 1,1 milliard USD, souligne-t-il.
"Une dette publique n’est jamais gratuite. Elle représente une ponction sur la richesse future, car ce sont les générations à venir qui seront tenues de la rembourser", a-t-il expliqué, insistant sur les implications à long terme pour l’économie congolaise.
Critères de viabilité en question
L’ancien argentier met en doute la conformité de cette nouvelle dynamique d’endettement avec les critères fondamentaux de viabilité, de soutenabilité et d’opportunité.
"Le pays s’endette maintenant, non pour investir dans des infrastructures ou des projets stratégiques à forte rentabilité économique, mais pour financer des initiatives de consommation ou des projets hasardeux", regrette-t-il.
Pour Sele Yalaghuli, cette politique d’endettement pourrait entraîner un "lourd fardeau" pour les générations futures, compromettant leur capacité à financer les besoins fondamentaux du pays ou à réagir à des crises économiques imprévues.
Appel à une gestion prudente
Face à cette situation, José Sele Yalaghuli appelle à une gestion plus rigoureuse de la dette publique, en privilégiant des emprunts orientés vers des projets durables et générateurs de revenus.
"S’endetter sans évaluation claire des retombées économiques à long terme est irresponsable et constitue une grave menace pour la souveraineté économique du pays", a-t-il déclaré.
Ces critiques surviennent alors que le gouvernement congolais multiplie les emprunts pour financer des projets, notamment dans le cadre du Programme de Développement Local des 145 Territoires. Si ces initiatives visent à accélérer le développement, leur financement par l’endettement soulève des questions sur leur viabilité et leur impact à long terme.
Une dette sous surveillance
La RDC, qui avait bénéficié d’un effacement significatif de sa dette grâce à l'initiative PPTE, risque de replonger dans un cycle d’endettement excessif,s'inquiètent plusieurs observateurs. Les appels de Sele Yalaghuli rappellent la nécessité pour le gouvernement de concilier développement économique et discipline budgétaire.
Alors que le débat sur la gestion de la dette publique s'intensifie, les regards se tournent vers les autorités financières pour des explications sur la trajectoire actuelle et pour des assurances quant à la soutenabilité de ces engagements.
Lovic-Benjamin Nsapu