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Projet Pont-Route-Rail entre Kinshasa et Brazzaville : une remise en question de la souveraineté économique de la RDC

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Photo d'illustration.

Le projet de construction d’un pont-route-rails entre Kinshasa et Brazzaville, longtemps évoqué, refait surface dans les discussions publiques, notamment après une annonce récente des gouvernements de la République Démocratique du Congo (RDC) et de la République du Congo. Ce projet vise à relier les deux capitales du fleuve Congo, un axe stratégique qui pourrait transformer les échanges commerciaux entre ces deux voisins. 

Cependant, l'Association Congolaise pour l'Accès à la Justice (ACAJ) soulève des préoccupations majeures, notamment sur la manière dont la RDC se positionne dans ce dossier, notamment par rapport à ses priorités en matière de souveraineté économique et maritime.

Un projet controversé dans un contexte de retard sur d'autres chantiers cruciaux

D'après l'ACAJ, ce projet de pont-route-rail, estimé à un budget de 700 millions de dollars, intervient alors même que des projets clés pour la RDC, tels que la construction d’un port en eaux profondes à Banana, peinent à avancer. Ce port, qui devrait permettre à la RDC de disposer d’une véritable porte d’entrée vers l'océan Atlantique, est jugé essentiel pour l'avenir économique du pays. Toutefois, l'ACAJ dénonce la lenteur et les retards dans la mise en œuvre de ce projet stratégique, qui pourrait avoir un impact considérable sur les capacités d’exportation et d’importation de la RDC.

Rappelons qu'il y a quelques années, le Président de la République s’était engagé à ne pas autoriser le début des travaux du pont-route-rails tant que le port en eaux profondes de Banana ne serait pas opérationnel. Un engagement dont la réalité semble aujourd'hui vaciller, au regard des événements récents. L’ACAJ s'interroge sur la rationalité d’un tel projet alors que la priorité devrait être donnée à la mise en service du port de Banana, seule infrastructure capable d’offrir à la RDC une véritable indépendance maritime.

Une dépendance croissante vis-à-vis des ports étrangers

L'ACAJ met également en lumière les risques géopolitiques de ce projet, notamment la dépendance accrue de la RDC à l'égard des ports étrangers, particulièrement celui de Pointe-Noire, en République du Congo. Selon des sources proches du dossier, plus de 70% des cargaisons destinées à la RDC transitent par ce port, qui appartient au groupe français Bolloré. Ce monopole pourrait se renforcer avec la construction du pont, qui permettrait de faciliter encore davantage les échanges entre la RDC et la République du Congo, mais au détriment de la souveraineté économique congolaise.

La RDC, en se privant d’un accès direct à l’océan Atlantique via son propre port en eaux profondes, court le risque de continuer à être soumise à l’influence d’opérateurs étrangers, en particulier Bolloré, pour ses besoins en importation et exportation. Une situation que l’ACAJ qualifie de "capitulation éhontée" face aux intérêts extérieurs.

Des accusations de corruption et de mauvaise gouvernance

L'ACAJ va encore plus loin dans ses accusations, suggérant que des intérêts particuliers, notamment un groupe d'affairistes congolais, entraveraient activement le bon déroulement des projets stratégiques pour la RDC. L’organisation cite comme exemple la concession de certains quais au port de Matadi à des conditions opaques, ce qui, selon elle, aurait affaibli la position du pays sur le plan commercial et portuaire. Ces accusations soulèvent des questions sur la transparence et la gouvernance des projets portuaires et sur le manque de volonté des autorités congolaises à défendre les intérêts économiques de leur propre pays.

Les recommandations de l'ACAJ : une interpellation des autorités

Face à cette situation, l’ACAJ appelle les institutions législatives de la RDC, en particulier l'Assemblée Nationale et le Sénat, à utiliser leurs prérogatives constitutionnelles pour suspendre toute discussion concernant la construction du pont-route-rails tant que le port de Banana n’est pas opérationnel. L’ACAJ invite également la Première Ministre à s’expliquer sur les retards du projet de Banana et sur les conditions dans lesquelles les concessions portuaires à Matadi ont été attribuées.

Un projet qui pourrait avantager le Congo-Brazzaville au détriment de la RDC

En somme, l’ACAJ estime que la construction du pont-route-rail entre Kinshasa et Brazzaville, sans une solution concrète pour la RDC en matière d’infrastructures maritimes, risque de se transformer en une opportunité avant tout pour la République du Congo et ses partenaires étrangers, au détriment des intérêts économiques et stratégiques de la RDC. La question de la souveraineté économique et du contrôle des ressources maritimes devrait être au cœur des discussions, avant de se lancer dans des projets coûteux susceptibles de renforcer la dépendance extérieure de la RDC.

Ecomine.cd