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Le “Demi-terrain” : l'arnaque bien rodée des conducteurs Kinois

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Photo d'illustration.

‎Dans les rues animées de Kinshasa, une pratique insidieuse s’est peu à peu installée dans le quotidien des usagers du transport en commun : le “demi-terrain”. Une expression désormais tristement célèbre qui désigne un trajet payé au tarif plein, mais interrompu à mi-parcours, au bon vouloir du conducteur. Résultat : les passagers se retrouvent abandonnés loin de leur destination, contraints de payer un second taxi ou bus pour poursuivre leur route.

‎À l’origine, le “demi-terrain” était une mesure exceptionnelle, souvent liée à des embouteillages monstres, à une panne imprévue ou à une contrainte personnelle du chauffeur. Mais avec le temps, cette exception est devenue une stratégie de rentabilité pour de nombreux conducteurs, qui préfèrent effectuer de courts trajets rapides plutôt que d’aller jusqu’au terminus.

‎Certains chauffeurs planifient même leurs courses selon des “tronçons rentables”, refusant systématiquement d’aller jusqu’au bout, même lorsque le passager a clairement indiqué sa destination finale au départ.

Des usagers lésés et impuissants

‎Le plus frustrant pour les passagers, c’est que le tarif n’est pas réduit pour autant. Vous payez pour un trajet complet, mais êtes déposé en cours de route, sans explication valable, parfois avec une injonction sèche : “Descendez ici, demi-terrain !”. Pire encore, les tentatives de contestation finissent souvent en conflit verbal, voire physique.

‎Dans une ville où le transport public est déjà chaotique, le “demi-terrain” vient aggraver les souffrances quotidiennes des Kinois, notamment ceux qui vivent en périphérie et doivent cumuler plusieurs correspondances pour rejoindre leur lieu de travail ou rentrer chez eux.

‎Ce phénomène prospère aussi grâce à l’absence de régulation stricte dans le secteur du transport urbain. Les syndicats des chauffeurs semblent dépassés, et les autorités compétentes peinent à imposer un cadre clair. Les usagers, eux, n’ont ni recours ni interlocuteur fiable pour signaler les abus.

‎Des initiatives citoyennes émergent cependant, notamment sur les réseaux sociaux, où plusieurs pages dénoncent ces pratiques à travers des vidéos ou des témoignages. Mais sans une action coordonnée entre l’État, les syndicats et les comités de quartiers, la lutte contre le “demi-terrain” reste une bataille isolée.

Quelles solutions possibles ?

‎Pour mettre fin à ce fléau, la rédaction d'Ecomine.cd recommande plusieurs pistes qui peuvent être envisagées : établir des lignes fixes avec tarifs officiels visibles pour les usagers, créer un numéro vert pour signaler les abus des conducteurs, former les conducteurs à l’éthique professionnelle du service public, renforcer les contrôles sur terrain, avec des sanctions claires en cas de récidive et encourager la modernisation du transport urbain, notamment par l’introduction de compagnies privées structurées.

‎Le “demi-terrain” n’est pas une simple habitude : c’est une forme d’abus systémique qui touche des milliers de Kinois chaque jour. En tolérant cette pratique, c’est le droit fondamental à la mobilité qui est compromis. Il est temps que les autorités prennent ce problème à bras-le-corps et que chaque acteur, chauffeur, syndicat, gouvernement, citoyen, joue sa partition pour rétablir l’équilibre.

Lovic-Benjamin Nsapu