Ancien militaire américain et fondateur de la sulfureuse société militaire privée Blackwater, Erik Prince refait surface sur le continent africain. Son entreprise, Frontier Services Group (FSG), a conclu un partenariat avec le gouvernement congolais pour sécuriser les ressources stratégiques de l’est de la République Démocratique du Congo, notamment les mines, les forêts et les hydrocarbures.
Selon les révélations de Reuters et Africa Intelligence, cet accord a été scellé fin 2024 entre Erik Prince et le ministre congolais des Finances, Doudou Fwamba Likunde. Objectif : lutter contre la contrebande transfrontalière, améliorer la collecte des taxes minières, et assurer une meilleure sécurité des sites d’exploitation.
Déjà implantée en RDC depuis une dizaine d’années, la FSG intensifie ainsi sa présence, alors que Kinshasa peine à contenir l’instabilité dans l’est du pays, aggravée par l’insécurité liée au groupe armé M23.
Un personnage controversé, proche de Trump
Erik Prince n’est pas un acteur ordinaire. Cet ultraconservateur américain, frère de l’ancienne ministre de l’Éducation Betsy DeVos, est un proche de Donald Trump, qu’il a conseillé durant son mandat. Sa société Blackwater, rebaptisée Academi, est tristement célèbre pour son implication dans des bavures en Irak, notamment le massacre de 14 civils à Bagdad en 2007.
Aujourd’hui, à travers la FSG créée en 2014 avec des financements chinois, Erik Prince propose des solutions de sécurité clés en main, souvent dans des zones où les États sont fragilisés.
Coltan, cuivre, cobalt : des enjeux colossaux
La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et détient près de 60 % des réserves mondiales de coltan, deux minerais essentiels à l’industrie numérique mondiale. La province du Katanga, au sud du pays, est également riche en cuivre et constitue un point névralgique du commerce minier.
Mais la corruption, la contrebande et l’insécurité plombent les recettes publiques. Selon une source gouvernementale citée par Reuters, jusqu’à 40 millions de dollars seraient perdus chaque mois rien qu’à Kolwezi, à la frontière avec la Zambie. C’est dans ce contexte qu’Erik Prince et ses équipes, incluant d’anciens membres de la Légion étrangère, devraient intervenir.
Entre diplomatie et souveraineté
L'accord, bien que finalisé avant la signature de paix entre la RDC et le Rwanda en juin 2025, soulève des interrogations. Kinshasa assure qu’il ne s’agit pas d’un deal "sécurité contre minerais", et le président Félix Tshisekedi a affirmé que "les ressources de la RDC ne seront jamais bradées".
Mais l’arrivée d’un acteur aussi controversé que Prince dans une région aussi sensible relance le débat sur la souveraineté, la transparence et les influences étrangères, notamment américaines, face à une présence chinoise très avancée dans le secteur minier congolais.
Aucun détail officiel n’a filtré sur la manière dont FSG compte assainir un secteur miné depuis des décennies par la fraude et la corruption. Pour certains observateurs, cette mission pourrait permettre à Washington de réaffirmer son influence économique dans une zone où les convoitises sont nombreuses, au détriment d’une gestion strictement congolaise des ressources.
Dans un pays ravagé par des décennies de conflits liés aux minerais, le pari est aussi risqué que révélateur : pour sécuriser ses richesses, la RDC fait appel à l’un des mercenaires les plus puissants et les plus controversés de la planète.
Lovic-Benjamin Nsapu