Les mêmes scènes reviennent, inlassablement, comme un mauvais refrain. Cette semaine encore, des pluies diluviennes se sont abattues sur Kinshasa. Et comme toujours, elles ont laissé derrière elles un spectacle de désolation : routes transformées en rivières, familles piégées dans des maisons inondées, biens emportés, vies bouleversées. Dans certains quartiers, on ne circule plus, on patauge. La ville suffoque, sous l’eau… et sous l’indifférence.
Ce drame n’est ni nouveau, ni imprévisible. Chaque saison de pluie rappelle la vulnérabilité criante de notre capitale, et surtout, l’inacceptable inertie des pouvoirs publics. Année après année, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais rien ne change. Aucun plan d’ensemble, aucune réforme d’envergure, aucune volonté politique claire ne semble émerger pour répondre à cette urgence chronique. L’inaction n’est plus un simple retard administratif, elle devient une faute morale.

Kinshasa paie aujourd’hui le prix fort d’un urbanisme abandonné. Une croissance démographique fulgurante, un étalement anarchique, une absence d’anticipation dans les infrastructures de base, et au final, des millions de citoyens livrés à eux-mêmes, face à une nature qui ne pardonne pas le désordre humain.
Mais il est encore temps d’agir
Il est temps de sortir du cycle des lamentations et d’entrer dans celui des solutions. Penser et planifier la ville autrement. Avec audace, avec vision, avec rigueur. Il ne s’agit plus seulement de curer des caniveaux ou de colmater les brèches après chaque catastrophe, mais de repenser fondamentalement notre rapport à l’espace urbain.
Kinshasa ne peut continuer à grandir sans plan. Elle doit respirer, s’organiser, s’équiper, se moderniser. La capitale d’un pays aussi riche de potentiel que la RDC mérite mieux. Elle mérite une gouvernance urbaine éclairée, des infrastructures résilientes, une architecture du futur. Elle mérite, surtout, qu’on cesse de la considérer comme une entité ingérable et qu’on commence à la traiter comme ce qu’elle est : le cœur battant de la nation.
Nous devons rêver Kinshasa autrement. Et surtout, nous devons avoir le courage collectif de concrétiser ce rêve. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de construire des routes ou des égouts, mais de restaurer la dignité d’une ville et de ses habitants.
Kinshasa doit se relever. Et pour cela, elle doit enfin revêtir sa plus belle robe : celle d’une ville planifiée, résiliente et tournée vers l’avenir.
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Prisca Manyala, Présidente du Réseau National des Femmes et Hommes Renouvelés pour la Transformation de la RDC (RENFHORT-RDC) et membre actif du Collectif des Jeunes Leaders Actifs (CJA)