Depuis plusieurs mois, les chantiers de rénovation et de construction routière se multiplient à travers la capitale congolaise. Des engins de travaux publics, des signalisations temporaires, des déviations improvisées : le paysage urbain semble témoigner d’un souffle de modernisation. Pourtant, derrière ce tableau encourageant, un constat préoccupant s’impose sur le terrain : la lenteur, voire l’arrêt complet de certains travaux, suscite exaspération et interrogation au sein de la population.
Sur le terrain, des travaux... qui piétinent
Sur l’avenue Libération ( ex 24 Novembre) , à quelques encablures de la Prison Centrale de Makala, les barrières de chantier sont en place depuis des semaines, mais les ouvriers, eux, brillent par leur absence. Même scénario sur certaines portions des avenues des communes de Lingwala et Ngiri-Ngiri, où, après des débuts prometteurs, les travaux semblent suspendus sans explication apparente.
« Cela fait plus d’un mois que rien ne bouge ici », se plaint Mme Evodie Kabena Ngiri-Ngiri. « Ils ont défoncé la route, puis ils ont disparu. On doit faire des détours, la poussière entre partout, c’est le désordre total. »
À Makala, un jeune motocycliste résume la situation d’un ton amer : « Ils ont commencé fort, mais aujourd’hui c’est comme si le chantier avait été abandonné. On dirait que la route est devenue une carrière de sable. »
En plus de ralentir considérablement la circulation, ces chantiers inachevés engendrent des nuisances multiples : hausse du prix du transport, détérioration des véhicules, stress accru chez les conducteurs et passagers. Le calvaire est quotidien, surtout aux heures de pointe.
Certains citoyens saluent l’initiative, tout en regrettant le manque de communication sur les délais. « On ne nous dit rien. Quand est-ce que ça va se terminer ? Pourquoi certains axes avancent et d’autres non ? » s’interroge Jean-Pierre K., chauffeur de taxi-bus sur la ligne UPN-Selembao
Où sont les responsables ? Un besoin criant de suivi
Sur le plan institutionnel, les panneaux de chantier affichent souvent les logos des institutions impliquées, ainsi que, dans certains cas, la durée des travaux et le nom de l’entreprise exécutante. Pourtant, sur le terrain, le constat est tout autre : un flou persiste, alimentant les soupçons et renforçant chez les usagers un sentiment d’abandon.
« On a l’impression que tout est improvisé. Aucun suivi sérieux, aucune autorité pour répondre à nos questions. C’est frustrant », déplore un habitant rencontré sur la route Kimwenza-Gare, à Mont-Ngafula.
L’ambition de moderniser Kinshasa est incontestable. Mais à quoi bon multiplier les chantiers si ceux-ci ne respectent ni les délais ni les normes de qualité attendues ? Plusieurs analystes urbains alertent sur la nécessité d’une meilleure planification, d’un phasage réaliste des travaux, et d’une transparence accrue dans l’exécution des projets.
La modernisation des infrastructures routières de Kinshasa est une attente légitime et urgente. Mais elle ne saurait se réaliser au détriment du quotidien des citoyens. Les efforts engagés doivent être accompagnés d’un véritable engagement de résultats, d’une redevabilité claire et d’un dialogue constant avec les usagers. Faute de quoi, les espoirs suscités par les chantiers risquent de se transformer en désillusion collective.
Lovic-Benjamin Nsapu