L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) tire une sonnette d’alarme sur la profonde crise du système éducatif congolais. Dans une étude signée par son président du Conseil d’administration, Florimond Muteba Tshitenge, l’organisation dénonce « 65 années d’un système éducatif néocolonial » qui freine le développement du pays et appelle à une remise en question radicale à travers la convocation urgente des États généraux de l’éducation.
Un héritage colonial jamais brisé
Selon l’étude, l’école congolaise reste prisonnière du modèle imposé par le colonisateur belge depuis 1890. À l’époque, l’objectif n’était pas de former des citoyens libres, mais des auxiliaires dociles destinés à servir la métropole.
« L’enseignement visait la soumission et non l’émancipation », souligne l'ODEP. Après l’indépendance, cette logique n’a pas été renversée : le pays a continué à produire des cadres pour maintenir l’appareil administratif sans jamais repenser le rôle social, économique et culturel de l’école.
Un système à bout de souffle
Soixante-cinq ans après l’indépendance, le constat est accablant. L’école congolaise souffre d’un manque de vision nationale, d’infrastructures délabrées, d’une démotivation généralisée du corps enseignant et d’une baisse alarmante de la qualité de l’enseignement.
L’ODEP pointe également la dépendance persistante vis-à-vis des institutions étrangères (FMI, Banque mondiale, etc.) dont les politiques éducatives, calquées sur des modèles du Nord, ont parfois aggravé la crise.
Exemple frappant : la recommandation du FMI en 1984 de licencier 40 000 enseignants dans un pays déjà majoritairement analphabète.
Vers une école libératrice et endogène
Pour sortir de cette impasse, l’ODEP propose une refondation complète du système éducatif. L’école congolaise de demain doit, selon l’organisation, former des citoyens autonomes, politiquement conscients, économiquement créatifs et culturellement enracinés.
Elle doit cesser d’être un simple outil de promotion sociale pour devenir un levier de transformation nationale.
Florimond Muteba plaide pour une école « de désaliénation culturelle », capable de faire du savoir un instrument de souveraineté et non de dépendance.
Des réformes concrètes proposées
L’étude formule plusieurs axes de réforme :
- Revitaliser l’enseignement primaire : en assurant la qualité, la formation des enseignants, l’utilisation des langues locales et la scolarisation équitable des filles.
- Repenser le secondaire : pour développer la rigueur intellectuelle, l’esprit critique et la créativité, au lieu de former des exécutants.
- Moderniser l’enseignement supérieur et la formation professionnelle : en liant universités et marché du travail, en créant des pôles d’excellence régionaux et en investissant dans la recherche scientifique.
- Améliorer les conditions des enseignants : salaires décents, couverture santé, formation continue et encadrement institutionnel.
Adapter le calendrier scolaire et renforcer les contrôles : pour un système plus cohérent avec les réalités culturelles et climatiques du pays.
Le financement, nerf de la réforme
L’ODEP recommande une meilleure mobilisation des ressources publiques, mais aussi l’exploration de mécanismes innovants tels que les partenariats public-privé et les fonds d’investissement éducatif. Le tout devra s’accompagner d’une gouvernance transparente et d’un contrôle citoyen rigoureux.
En conclusion, Florimond Muteba estime que l’avenir du pays passe par une rupture claire avec « le modèle éducatif de dépendance » :
« On ne peut pas développer un pays avec l’école du colon. Le Congo doit inventer sa propre école, au service de sa propre société. »
L’ODEP invite donc le Président de la République à convoquer sans délai les États généraux de l’éducation, afin de poser les bases d’un système réellement congolais, inclusif et tourné vers le développement durable.
Ecomine.cd