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Financiers du M23 : LICOCO dénonce le rôle de Traxys, Mine Terra et Sunrise dans la fraude des minerais de Rubaya au Nord-Kivu

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Ernest Mpararo, Secrétaire exécutif de la LICOCO. Ph. Droits tiers.
  • Mines

La Ligue Congolaise de Lutte contre la Corruption (LICOCO) alerte sur l'implication de plusieurs entreprises dans le commerce frauduleux de minerais extraits à Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, dans un document parvenu à notre rédaction ce vendredi 07 février. Ce phénomène, lié au groupe armé M23 et au Rwanda, soulève des questions sur la traçabilité des minerais de 3T (tantale, tungstène, et étain), principalement du coltan, exportés à partir du Rwanda.

Une chaîne d’approvisionnement opaque et mafieuse

Depuis l'occupation en avril 2024 de la mine de Rubaya par l'armée rwandaise, la LICOCO révèle que des milliers de tonnes de coltan sont extraites illégalement chaque mois, générant des revenus considérables pour les groupes impliqués, notamment la coalition AFC-M23. Ce commerce de guerre génère des millions de dollars, tandis que les minerais sont ensuite envoyés dans des fonderies en Asie, principalement en Chine, avant d'entrer en Europe et aux États-Unis sous forme de composants électroniques.

Des sociétés impliquées : Traxys, Mine Terra et Sunrise

Parmi les entreprises suspectées d’acheter ces minerais issus de pratiques frauduleuses, on retrouve Traxys Europe, Mine Terra, et la société chinoise Sunrise, note la LICOCO. Selon des révélations récentes, notamment dans un article du The Guardian, Traxys serait l'un des principaux acteurs de ce réseau, malgré ses dénégations. L'entreprise belge, qui opère à Kigali, est accusée de travailler avec des sociétés écran, telles que le comptoir African Panther Ressources, pour dissimuler l'origine des minerais.

De son côté, la société chinoise Sunrise, via son comptoir éponyme, et Mine Terra, avec des sous-traitants à Kigali, auraient également participé à ce système d’approvisionnement illicite.

Le rôle des autorités et l’inefficacité des régulations européennes

La situation est exacerbée par l'inefficacité des régulations européennes concernant les minerais en provenance de zones de conflit. En dépit du règlement de l'UE sur les minerais de conflit, entré en vigueur en 2021, des sources révèlent que la législation n’est pas correctement appliquée, et que les entreprises continuent de commercer des minerais sans que des contrôles adéquats n’aient lieu. *The Guardian* note que cette réglementation est presque "morte-née", avec un manque flagrant de contrôle sur les pratiques des entreprises.

La réaction de la LICOCO et ses recommandations

La LICOCO, qui dénonce fermement ces agissements, exige des mesures immédiates de la part des gouvernements belge, américain et chinois pour interdire l’achat de ces minerais provenant de la RDC. L'organisation appelle également le gouvernement congolais à adresser des lettres de protestation aux autorités de ces pays afin de stopper ce commerce illicite.

Une menace persistante pour la RDC

Le pillage des ressources naturelles congolaises alimente la violence et les conflits dans l’est du pays. La LICOCO prévient que tant que ce réseau mafieux continue de prospérer, il alimentera la "machine de la mort" qui ravage la région. L'ONG appelle également à une révision urgente de la législation internationale et des mécanismes de contrôle pour empêcher le financement de conflits armés par l’exploitation illégale des minerais.

Dans l’attente de la mise en place de mesures concrètes, la LICOCO se réserve le droit d'entamer des poursuites judiciaires pour demander réparation et justice pour le peuple congolais.

Ecomine.cd