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‎Contrôle routier à Kinshasa : des années d’impunité exposées en une journée

Photo d'illustration
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‎Depuis le lundi 26 janvier dernier, la capitale congolaise Kinshasa vit des journées inhabituelles. Circulation étonnamment fluide, embouteillages réduits, stress amoindri pour certains usagers. À l’origine de cette situation : le lancement effectif d’un contrôle rigoureux des documents des véhicules sur plusieurs artères de la capitale.

‎Cette opération, annoncée depuis plusieurs jours, visait à vérifier la conformité des documents exigés pour circuler : vignette, permis de conduire, contrôle technique et assurance. Mais au-delà de l’aspect répressif, ce contrôle a surtout agi comme un révélateur d’un malaise profond.

‎Une réalité largement ignorée

‎Selon plusieurs témoignages recueillis sur le terrain, une majorité écrasante de véhicules circulant à Kinshasa ne seraient pas en règle. "J’ai compris aujourd’hui que près de 95 % des véhicules qui circulent sur les artères de la ville ne disposent pas de documents conformes. Ce lundi, nous avons roulé sans stress et sans embouteillages" , confie un Kinois, surpris par la fluidité inhabituelle du trafic.

‎Ce constat met en lumière un fait social longtemps banalisé : l’absence de culture fiscale et réglementaire dans la circulation routière, entretenue par des années de tolérance, de laxisme et parfois de tracasseries mal encadrées.

‎Pendant longtemps, circuler sans documents valides n’a presque jamais constitué un obstacle réel. Cette situation a progressivement installé une forme d’impunité collective, où le non-respect des règles est devenu plus courant que leur application.

‎Le contrôle n’a donc pas seulement immobilisé des véhicules ; il a surtout exposé une défaillance structurelle, à la fois du côté des usagers, mais aussi de l’État, appelé à assumer sa responsabilité dans la régulation, la sensibilisation et l’application équitable des règles.

‎Entre choc et nécessité

‎Si l’opération a suscité frustrations et critiques, notamment sur les coûts cumulés des documents exigés, elle a également relancé un débat essentiel : peut-on durablement organiser une grande ville sans respect strict des règles communes ?, peut-on exiger des infrastructures modernes sans contribution fiscale effective ? Le désengorgement ponctuel observé depuis ce lundi montre que le désordre routier n’est pas une fatalité, mais souvent la conséquence directe d’un système tolérant l’irrégularité.

‎Pour être efficace et acceptée, une telle démarche doit s’inscrire dans la durée, mais aussi s’accompagner d’une communication pédagogique, d’une simplification des procédures et d’une lutte réelle contre les abus. Ce contrôle routier restera peut-être dans les mémoires comme le jour où Kinshasa s’est vue telle qu’elle est : une ville où l’ordre est possible, à condition que règles, responsabilité et civisme avancent ensemble.

Lovic-Benjamin. Nsapu