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Dialogue National Inclusif en RDC : ce que pense Florimond Muteba pour une refondation du pacte républicain

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De gauche à droite : Florimond Muteba et Carbone Beni, respectivement PCA de l'ODEP et Directeur exécutif d'ICONIA Institute.

Face à la crise multidimensionnelle que traverse la République démocratique du Congo, le Professeur Florimond Muteba, Président du Conseil d’Administration de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) et plusieurs membres de la société civile, sont tombés d'accord sur une vision ambitieuse d’un Dialogue National Inclusif, comme voie incontournable vers la paix durable, la participation populaire et la reconstruction du pays. Ce point de vue figure dans le rapport du Groupe d’action de la société civile pour la promotion d’une paix durable. 

C’était lors de l’atelier stratégique des organisations de la société civile, organisé du 10 au 12 juin 2025 à Kinshasa, dans le cadre de la promotion de la gouvernance territoriale et de la cohésion nationale.

Une crise profonde, un besoin de refondation

Dans son exposé intitulé « Vers un Dialogue National et Inclusif : une urgence pour la paix, la participation populaire et la reconstruction nationale », le Professeur Muteba a dressé un tableau sans complaisance de la situation nationale : instabilité politique chronique, pauvreté structurelle malgré d’immenses ressources, agressions armées récurrentes dans l’Est du pays, et inefficacité des réformes engagées jusqu’ici.

Il a pointé du doigt l’exclusion des citoyens dans les processus politiques et de paix, et a plaidé pour une refondation du pacte républicain, seul moyen selon lui de sortir de l’impasse.

Un processus structuré en quatre phases

Le Dialogue National Inclusif proposé par la société civile s’articule autour de quatre phases clés :

1. Préparation : mise en place de commissions, sélection des acteurs, constitution de groupes thématiques et production de rapports préparatoires ;

2. Tenue du dialogue : organisation d’assises autour des rapports pour produire un Livre blanc des réformes ;

3. Table ronde politique : validation du consensus avec toutes les composantes du pays (État, société civile, confessions religieuses, etc.) ;

4. Réforme de l’État : mise en place d’un gouvernement d’union nationale restreint, technique et engagé dans un développement endogène.

Cette approche se veut ascendante et territorialisée, incluant les 26 provinces et les 145 territoires, même les zones sous occupation, à travers des consultations populaires à la base.

Cinq secteurs prioritaires et 25 thématiques

Les travaux du dialogue s’organiseraient autour de cinq grands secteurs :

Gouvernance ; Secteurs sociaux ; Secteurs productifs ; Infrastructures ; Politique, sécurité, défense et élections.

Ces axes recouvriront 25 thématiques transversales, allant de l’éducation à l’économie, en passant par la justice, l’identité nationale, la place des femmes et des jeunes, les technologies, les médias, ou encore les phénomènes religieux et culturels.

Contre un dialogue élitiste et vertical

Florimond Muteba a critiqué ouvertement le processus initié par la CENCO, qu’il juge « vertical, élitiste et non participatif ». Pour lui, un dialogue qui ignore la base n’a aucune légitimité ni chance de succès :

« Nous ne pouvons pas soutenir un dialogue conçu uniquement pour la redistribution des postes. La participation populaire ne se négocie pas, elle s’impose comme fondement démocratique. »

Redonner la parole au peuple

Convaincu que le peuple congolais n’a jamais eu l’occasion de s’exprimer profondément depuis l’indépendance, le président de l’ODEP plaide pour un processus certes long, mais indispensable à la renaissance nationale :

« Même si ce processus prend trois mois, s’il commence par les territoires et se termine par un vrai dialogue inter-congolais, cela en vaut la peine. »

Un appel à la mobilisation citoyenne

En conclusion, Florimond Muteba a lancé un appel à la société civile et aux citoyens :

« Il est temps de construire un plaidoyer puissant, de bâtir un lobby citoyen structuré pour défendre cette démarche inclusive. Si nous engageons un dialogue sans le peuple, le Congo ne s’en sortira jamais. »

De manière générale, cet atelier a visé à instaurer un cadre de dialogue structuré, ascendant et inclusif entre l’État et les organisations de la société civile, en vue de formuler collectivement des recommandations concrètes, légitimes et durables en faveur de la paix, du renforcement de la gouvernance locale et de la stabilité des territoires.

Il s’agit, au-delà d’un simple échange institutionnel, de créer un espace participatif où les voix des communautés à la base sont entendues, intégrées et traduites en actions publiques, dans une logique de co-construction des politiques territoriales.

Ecomine.cd