L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a publié, ce vendredi 29 août 2025, une étude sur la gestion des investissements publics en République démocratique du Congo. Alors que le premier Conseil des ministres du gouvernement Suminwa II, tenu le 15 août dernier, avait mis en avant la discipline budgétaire et la transparence, l’ODEP souligne un oubli majeur : l’absence totale de débat sur les investissements publics, pourtant moteur essentiel du développement et de la création d’emplois.
Un effondrement du financement public
Depuis plus d’une décennie, l’exécution des crédits d’investissement financés sur ressources propres n’a jamais dépassé 5 % des prévisions. « Près de 95 % des ressources affectées aux investissements publics servent aujourd’hui à couvrir les dépassements budgétaires des institutions politiques et administratives », note l’ODEP, privant ainsi la population d’infrastructures vitales telles que routes, écoles, hôpitaux, énergie et eau potable.
L’organisation rappelle qu’à l’époque du maréchal Mobutu, le sous-compte investissement logé à la Banque centrale permettait une gestion disciplinée et efficace des projets, avec un taux d’exécution supérieur à 75 %. Sa suppression a ouvert la voie à une fragmentation institutionnelle, à l’opacité et à une prédation budgétaire croissante.
Un pays privé de leviers de développement
Cette mauvaise gouvernance a, selon l’ODEP, des conséquences directes :
- une croissance faible, dépendante de la rente minière ;
- un chômage massif, particulièrement chez les jeunes ;
- la dégradation continue des services sociaux de base ;
- une instabilité politique alimentée par la frustration sociale ;
- une vulnérabilité accrue des provinces dépendantes de l’aide humanitaire.
Le Fonds d’Investissement Stratégique, une réponse fragile
La création du Fonds d’Investissement Stratégique (FIS-RDC), présentée par le gouvernement comme une solution, apparaît pour l’ODEP comme « une réponse institutionnelle fragile » exposée au risque de doublon et de captation politique. Sans réforme profonde, ce mécanisme ne serait qu’« un substitut illusoire au sous-compte investissement ».
Des recommandations fortes
Pour redresser la situation, l’ODEP formule plusieurs propositions :
- Réhabiliter le sous-compte investissement à la Banque centrale, géré par le ministère du Plan.
- Redonner au ministère du Plan son rôle central dans la planification, la hiérarchisation et le suivi des projets.
- Assurer une traçabilité et une transparence totales via la publication régulière des financements et de l’état d’avancement des travaux.
- Prioriser les investissements structurants : infrastructures de transport et d’énergie, éducation, santé, eau potable, agriculture et industrialisation.
- Sanctionner la prédation budgétaire à travers des poursuites judiciaires et un renforcement des organes de contrôle (IGF, CENAREF, Cour des comptes, Parlement).
Un appel à la refondation de la gouvernance budgétaire
Pour l’ODEP, « la RDC ne pourra sortir de sa logique de survie institutionnelle qu’en plaçant l’investissement public au cœur de sa gouvernance budgétaire ».
L’organisation estime que seule une telle refondation permettra au pays de transformer ses ressources en leviers de croissance inclusive, de justice sociale et de souveraineté nationale.
Ecomine.cd