Depuis près de deux semaines, le marché des changes en République Démocratique du Congo est marqué par une baisse notable du dollar américain. La devise est passée d’environ 2.850 CDF pour 1 USD à 2.500 CDF, une tendance qui réjouit les analystes économiques mais laisse perplexe la population, dont le pouvoir d’achat demeure étouffé. La chute du dollar est généralement perçue comme un signe de stabilité monétaire. Pour un pays comme la RDC, où la majorité des biens de consommation courante dépendent des importations, la baisse du taux de change devrait logiquement se traduire par une diminution des prix sur le marché. Pourtant, dans la pratique, l’effet tarde à se faire sentir. Dans les grandes villes, les prix du riz, du poisson, de la farine ou encore de l’huile végétale restent stables, voire en légère hausse.
"On nous dit que le dollar baisse, mais ici au marché, le sac de riz est toujours à 60.000 francs. Je ne vois pas la différence dans ma marmite", se plaint Mado, vendeuse de légumes au marché de Matadi-Kibala, à Kinshasa. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les commerçants avancent la lenteur des ajustements dans les chaînes d’approvisionnement. Les stocks importés ont été achetés à un taux plus élevé et ne peuvent être écoulés immédiatement à perte. D’autres estiment que certains opérateurs économiques profitent de la situation pour maintenir les prix élevés, en attendant de vérifier si la tendance se stabilise.
"C’est vrai que le dollar a baissé, mais quand j’ai commandé ma marchandise en août, le taux était encore à 2.850 CDF. Je dois d'abord rentabiliser avant de revoir mes prix", explique Jean-Paul, grossiste en produits alimentaires à Kinshasa. Face à ce paradoxe, plusieurs associations de consommateurs appellent à une plus grande vigilance des autorités. Pour elles, il est urgent de mettre en place des mécanismes de contrôle afin que les fluctuations positives sur le marché des changes profitent réellement à la population. "Si le taux de change baisse mais que les prix restent figés, cela veut dire que le citoyen congolais n’en bénéficie pas. Nous demandons au gouvernement d’exiger plus de transparence dans la fixation des prix", insiste Clémentine Ilunga, membre d’une ONG de défense des consommateurs.
La chute du dollar constitue une opportunité pour la RDC de redonner du souffle au pouvoir d’achat des ménages. Mais tant que les prix ne suivront pas cette tendance, l’effet restera purement théorique. Entre la logique économique et la réalité des marchés, les Congolais attendent que leur panier de la ménagère reflète enfin la bonne nouvelle annoncée par les chiffres.
Lovic Benjamin Nsapu