En République démocratique du Congo (RDC), des voix de la société civile s'élèvent pour dénoncer la distribution de véhicules à des députés provinciaux de Kinshasa. Il s'agit de jeeps fournies par le parti politique Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) à ses élus, juste avant les élections des sénateurs, des gouverneurs et des vice-gouverneurs. Les services de sécurité ont ouvert une enquête à ce sujet.
L’Agence Nationale des Renseignements (ANR) de la RDC a saisi une dizaine de jeeps et arrêté plusieurs agents de sécurité, dont un policier. Il assurait la garde de plusieurs véhicules entreposés dans un immeuble de la Gombe à une centaine de mètres du QG de la police judiciaire.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, on voit le chef du parti présidentiel, Augustin Kabuya justifier cette distribution des jeeps. Pour lui, il s’agit d’une prime d’encouragement pour « susciter la motivation des élus, un don par souci de confort, certains élus se déplaçant en taxis ou en motos ».
Une approche que balaye d'un revers de la main l'Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) qui qualifie cet acte de corruption.
En effet, dans un communiqué publié ce vendredi 3 mai, l'ONG experte en finances publiques, estime que l'acte posé par le parti présidentiel est un pot-de-vin, une forme de corruption.
"Un pot-de-vin (ou paiement occulte) désigne le fait de proposer de l'argent, des services ou d'autres faveurs en échange d'une action en retour. On parle de dessous-de-table, prix du silence ou racket", explique le communiqué de l'ODEP.
L'ONG dénonce une forme de banalisation de la corruption par ce haut cadre du pays et craint un recul catastrophique de la RDC sur l'indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International.
"C'est vrai que les résultats obtenus améliorant de 10 points l'indice de la perception de la corruption selon Transparency international, nous avait donné un petit espoir de voir régresser ce fléau mais hélas le dernier cycle électoral sous l'aire de l'UDPS fait craindre un recul catastrophique pour l'année 2024", indique le communiqué porté par Florimond Muteba, PCA de l'ODEP.
Vers l'enracinement de la culture de la corruption
L'ODEP craint une forme de culture de la corruption qui s'installe en RDC.
"Depuis 2019, on nage dans les scandales de détournement, des retrocommissions, de pots de vin, on en finit pas. KABUYA est un des grands prêtres de cette nouvelle religion partie de l'Hold-up lui-même fruit des vastes opérations de corruption et des propos du Président sur la corruption - retrocommission", dénonce l'ODEP.
Une situation que Florimond Muteba attribue à la classe politique congolaise.
"La classe politique actuelle et particulièrement ceux qui sont maintenant habitués à accéder au pouvoir par des vastes opérations des fraudes électorales introduisent au fur et à mesure des nombreuses antivaleurs dans notre culture collective dont le résultat global prévisible est la mort de notre pays", dit-il dans le même communiqué.
Dans la même veine, l’ACAJ une autre organisation de la société civile a jugé inadmissible que le secrétaire général de l’UDPS puisse justifier ce qu'elle qualifie « de corruption des députés provinciaux de Kinshasa la veille d'une élection ».
Ecomine.cd