La rentrée parlementaire de ce 15 septembre 2025 s’ouvre dans un climat électrique à Kinshasa. D’un côté, le gouvernement présente un avant-projet de budget 2026 chiffré à 20,3 milliards USD, en hausse de près de 15 % par rapport à l’année précédente. De l’autre, l’Assemblée nationale, qui doit examiner ce texte crucial, est traversée par une crise interne : une pétition visant la destitution de son président, Vital Kamerhe, a déjà recueilli plus de 200 signatures. Entre ambition budgétaire et tensions politiques, la RDC retient son souffle.
Un budget 2026 en forte progression
Adopté en Conseil des ministres le 12 septembre, l’avant-projet défendu par le ministre du Budget, Adolphe Muzito, affiche une volonté de relancer la mobilisation des ressources. Les recettes courantes projetées atteindraient 13 milliards USD, contre environ 9,9 milliards collectés en 2024.
Muzito promet de "doubler les capacités budgétaires de l’État dans les prochaines années", en s’appuyant sur une meilleure performance des régies financières et une lutte accrue contre la fraude. Les priorités affichées concernent les infrastructures, l’éducation, la santé et la sécurité, alors que le pays reste confronté à une forte inflation et à une dette croissante.
Kamerhe sous pression
Mais l’examen de ce budget intervient alors que le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, est fragilisé. Une pétition lancée début septembre pour exiger sa destitution a recueilli, selon ses initiateurs, entre 200 et 230 signatures, soit bien au-delà du seuil requis.
Les griefs portent sur la gestion jugée opaque du bureau, des décisions unilatérales, et un manque de respect des procédures parlementaires. Les pétitionnaires dénoncent notamment le passage en force de certaines lois votées "en bloc".
Pour l’heure, Kamerhe tente de mobiliser ses soutiens au sein des caucus parlementaires, tout en affichant sa volonté d’une session "apaisée" en phase avec les orientations du président Félix Tshisekedi.
Cette incertitude fait planer un risque : celui de paralyser la session budgétaire, alors même que l’adoption rapide du budget conditionne le fonctionnement de l’État, le paiement des salaires publics et le financement des priorités nationales.
Entre ambitions économiques et réalités politiques
La rentrée parlementaire 2025 illustre un paradoxe congolais : des ambitions économiques affichées, avec un budget de plus de 20 milliards USD, le plus élevé de l’histoire du pays, mais des fragilités politiques qui menacent de retarder ou d’entraver sa mise en œuvre.
Au-delà des chiffres, c’est bien la stabilité des institutions qui sera scrutée dans les prochains jours. Si le Parlement s’enlise dans une crise de gouvernance, l’élan réformateur promis par le gouvernement Suminwa risque d’être compromis dès son lancement.
Lovic-Benjamin Nsapu